No 26 – Printemps 2020

ACCOUCHER À LA CLINIQUE CECIL

UNE JEUNE MAMAN PARTAGE SON EXPÉRIENCE

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PROFESSION SAGE-FEMME

LE BIEN-ÊTRE DES MAMANS ET DES BÉBÉS AVANT TOUT

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FERTILITÉ

PROCRÉATION MÉDICALEMENT ASSISTÉE 2.0

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PATERNITÉ

«J’AI L’HABITUDE DE JONGLER AVEC MON EMPLOI DU TEMPS»

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ÉLECTROPHYSIOLOGIE

COMMENT ÇA MARCHE?

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FONDATION

UNE CHANCE, UN CŒUR

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NEWS

LES ACTUALITÉS DES CLINIQUES BOIS-CERF ET CECIL

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L’INTERVIEW

FERTILITÉ

 

PROCRÉATION MÉDICALEMENT ASSISTÉE 2.0

LES DOCTEURS ALEXANDRE MEGALO ET PIERRE-ANTOINE PRADERVAND SONT GYNÉCOLOGUES OBSTÉTRICIENS ET SPÉCIALISTES EN MÉDECINE DE LA REPRODUCTION. ILS NOUS PARLENT DE LA PRISE EN CHARGE DES COUPLES RENCONTRANT DES PROBLÈMES DE FERTILITÉ ET DES DERNIERS TRAITEMENTS DISPONIBLES DANS LE DOMAINE DE LA PROCRÉATION MÉDICALEMENT ASSISTÉE.

Collaborateur historique de la Clinique Cecil depuis 1999, le CPMA (Centre de procréation médicalement assistée) est le plus grand centre de Suisse dédié à la fertilité. Depuis la création d’un centre de procréation médicalement assisté au CHUV en 1987, puis du CPMA en 1999, plus de 7000 bébés ont vu le jour grâce aux spécialistes des problématiques de fertilité. Le Dr Alexandre Megalo est médecin au CPMA depuis son ouverture. Le Dr Pierre-Antoine Pradervand a quant à lui rejoint l’équipe au début de l’année. Deux générations et des points de vue complémentaires qui apportent un vrai plus dans un domaine en constante évolution.

 

À partir de quand un couple peut-il considérer qu’il a un problème de fertilité?

Pierre-Antoine Pradervand (P.-A.P.) Après dix-huit mois de rapports sexuels réguliers non protégés. C’est-à-dire deux à trois fois par semaine, surtout centrés sur la période d’ovulation.

 

Qui sont les patients qui vous consultent?

Alexandre Megalo (A.M.) Il s’agit en général de patientes adressées par leur gynécologue. Un couple sur cinq que nous recevons consulte spontanément.

 

Acceptez-vous de proposer des traitements à tous les patients?

A.M. Non, nous avons fixé des règles éthiques au sein du CPMA. Notre limite absolue pour tout traitement est l’âge de 46 ans pour les femmes, ce qui semble raisonnable au vu des limites naturelles de l’horloge biologique. Les patientes me demandent souvent de stimuler et de réveiller les ovaires après 46 ans. Mais ça ne marchera pas. Pour les hommes, on accepte de traiter l’infertilité jusqu’à 64 ans, une limite que nous avons fixée selon leur espérance de vie moyenne (82 ans) et l’obligation légale d’entretien des enfants jusqu’à l’âge de 18 ans.

 

Quelles sont les causes de l’infertilité?

A.M. Elles sont multiples. Chez la femme, des troubles de l’ovulation, une maladie des trompes de Fallope, une réserve ovarienne diminuée ou encore de l’endométriose sont des facteurs fréquemment rencontrés. Des études ont également montré que la fertilité masculine a chuté ses dernières années: un homme de 25 ans est aujourd’hui probablement moins fertile qu’un homme de 40 ans, à cause notamment de perturbateurs endocriniens et de la pollution.

P.-A.P. Mais notre pire ennemi, c’est l’âge de la femme, parce que c’est le facteur contre lequel on ne peut rien.

 

Mais que faire quand l’horloge biologique tourne et qu’une femme n’est pas du tout dans une phase où elle peut envisager d’avoir un enfant?

A.M. On peut proposer aux femmes une « préservation de fertilité ». Nous les sensibilisons au fait qu’il ne faut pas considérer le planning familial du seul point de vue de la contraception, mais aussi de celui de l’anticipation. Une cryoconservation (ou congélation) d’ovules chez les femmes jeunes donne ainsi un peu de temps à celles qui, après 35 ans, n’ont pas de conjoint et/ou ont des projets professionnels incompatibles avec la maternité. La cryoconservation d’ovules est aussi proposée aux femmes qui vont subir un traitement oncologique pouvant avoir une incidence sur leur fertilité future; depuis juillet 2019, ce cas est d’ailleurs couvert par l’assurance maladie.

 

Comment les couples sont-ils pris en charge au CPMA?

A.M. Nous procédons à un bilan d’investigation du couple, puis nous déterminons les traitements à envisager afin de faciliter l’accès à la grossesse. Certains couples décideront d’aller de l’avant, parfois jusqu’à la fécondation in vitro (FIV). D’autres adopteront une attitude plus expectative. Nous accompagnons chaque couple dans ses choix et selon ses limites. Nous leur proposons également un soutien psychologique. C’est un élément important à nos yeux dans un parcours qui peut être très difficile à vivre.

Dans nos locaux du Flon, nous rassemblons huit médecins gynécologues, un urologue, une psychosomaticienne, une acupunctrice, des laborantines et des biologistes. Nous disposons en outre d’une salle d’opération avec des instrumentistes et des anesthésistes; nous pouvons ainsi réaliser l’ensemble des étapes d’une FIV sur place.

BIO EXPRESS

Les Drs Alexandre Megalo et Pierre-Antoine Pradervand sont spécialistes en gynécologie et obstétrique, membres FMH, avec une formation approfondie en médecine de la reproduction et endocrinologie gynécologique. Le Dr Megalo exerce au CPMA et dans son cabinet lausannois. Le Dr Pradervand consulte également au CPMA et reçoit aussi ses patients à Clarens.

Quelles sont les dernières avancées en matière de procréation médicalement assistée?

A.M. Sans aucun doute la modification de la loi sur la procréation médicalement assistée en septembre 2017, qui nous permet de laisser évoluer les embryons jusqu’au cinquième jour afin de sélectionner les plus viables. Nous parvenons désormais plus rapidement à des grossesses. Le CPMA a en outre investi dans un incubateur pour suivre en continu l’évolution des embryons en culture, et ce sans les manipuler, simplement en les filmant en time-lapse. Le CPMA est le seul centre en Suisse équipé de l’appareil le plus récent et donc le plus performant.

P.-A.P. La nouvelle loi nous permet d’établir des diagnostics préimplantatoires. Au cinquième jour d’évolution embryonnaire, nous prélevons des cellules que nous faisons analyser dans un laboratoire de génétique, ce qui nous permet d’écarter tous les embryons présentant des anomalies chromosomiques. Nous avons ainsi diminué par trois le nombre de transferts d’embryon in utero et avons amélioré nos taux de grossesse dans les populations pour lesquelles ce test est indiqué. Désormais, une patiente de 35 ans à qui l’on transfère un embryon a ainsi environ 60% de chances d’avoir une grossesse évolutive.

 

Pourtant, certains patients se rendent encore à l’étranger pour suivre un traitement. Pourquoi?

P.-A.P. C’est vrai. Nous proposons pourtant les mêmes technologies en Suisse que n’importe où dans le monde, à l’exception du don d’ovocytes et de la gestation pour autrui (ou mère porteuse), qui ne sont pas autorisés dans notre pays. Nous faisons toutefois le maximum pour soutenir et assister les couples qui se rendent à l’étranger pour un don d’ovocytes.

Il faut également relever que le changement de loi en 2017 a forcé les centres de procréation médicalement assistée suisses désireux de passer à de la FIV moderne à changer leurs pratiques et à adopter de nouvelles techniques. À ce titre, le CPMA a fait preuve d’une réactivité et d’une adaptation remarquables.

 

Est-ce alors une question de prix?

A.M. Le bilan d’investigation est accessible à tous, car il est pris en charge par l’assurance maladie. Douze cycles de stimulation de l’ovulation et trois inséminations intra-utérines sont également remboursés. Si l’on doit procéder à davantage d’inséminations ou à une FIV, c’est en revanche à la charge des patients. Mais ces coûts sont restés stables au fil du temps. Et tous les couples qui sont allés à l’étranger pour payer moins cher se sont rendu compte qu’ils n’économisaient finalement pas grand-chose.

P.-A.P. Certaines cliniques à l’étranger font des campagnes publicitaires comparables à celles rencontrées dans le marché automobile ! Le prix de départ est alléchant, mais on doit payer une tonne d’options en plus, sans compter les frais de transport et d’hébergement. Les couples qui se rendent à l’étranger ne trouvent en outre pas toujours un interlocuteur disponible à qui confier leurs doutes et leurs craintes. Nous avons la chance en Suisse de bénéficier d’une médecine de proximité permettant un suivi le plus personnalisé possible.

 

Quel conseil donneriez-vous aux couples qui ont un doute sur leur fertilité?

P.-A.P. De venir nous voir! Cela vaut la peine de consulter un spécialiste quand on ne parvient pas à tomber enceinte; mieux vaut ne pas trop attendre, afin de ne pas arriver au CPMA épuisés par les échecs. Car un traitement de procréation médicalement assistée peut être long. C’est souvent un parcours du combattant qui attend les patients. 

15%

des couples dans la population générale ont des difficultés à concevoir un enfant.

31,7 ans,

c’est l’âge moyen des mères en Suisse à la naissance du premier enfant.

1/3

des problèmes de fertilité trouvent leur origine chez la femme,

1/3 chez l’homme et 1/3 relèvent du couple.

37,5 ans,

c’est l’âge moyen des femmes qui consultent au CPMA.

Chances de grossesse par transfert d’embryons suite à un cycle de FIV:

  • 54 à 65% pour les femmes de moins de 35 ans;
  • environ 52% pour les femmes entre 35 à 39 ans;
  • jusqu’à 45% pour les femmes de plus de 39 ans.

PROPOS RECUEILLIS PAR MÉLANIE BLANC