fr « L’INTRODUCTION DE LA TÉLÉMÉDECINE DOIT S’ACCOMPAGNER DE RECHERCHES UNIVERSITAIRES »

No 28 – Hiver 2021

CLINIQUE BOIS-CERF

UNE NOUVELLE FILIÈRE DÉDIÉE AUX URGENCES ORTHOPÉDIQUES

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URGENCES ORTHOPÉDIQUES

TROIS QUESTIONS AU DOCTEUR FRANCK DEVOS

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VISITE GUIDÉE

COMMENT SE DÉROULE VOTRE PRISE EN CHARGE ?

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PRÉVENTION

SENIORS : SE PROTÉGER CONTRE LES CHUTES

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COMMENT ÇA MARCHE ?

QUAND ÇA FAIT CRAC…

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MÉDECINE DU SPORT

CONSEILS POUR SE PRÉPARER AUX PLAISIRS DE LA GLISSE

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PROF. DR. MED. THOMAS SAUTER, MME

« L’INTRODUCTION DE LA TÉLÉMÉDECINE DOIT S’ACCOMPAGNER DE RECHERCHES UNIVERSITAIRES »

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MÉTIER

UNE JOURNÉE AVEC PIERRE BOULOT

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L’INVITÉ

PROF. DR. MED. THOMAS SAUTER, MME

 

« L’INTRODUCTION DE LA TÉLÉMÉDECINE DOIT S’ACCOMPAGNER DE RECHERCHES UNIVERSITAIRES »

L’INSELSPITAL, HÔPITAL UNIVERSITAIRE DE BERNE, A CRÉÉ UNE DIVISION ET UNE CHAIRE EN TÉLÉMÉDECINE D’URGENCE. DIRIGÉE PAR LE PROF. DR. MED. THOMAS SAUTER, MME (MASTER OF MEDICAL EDUCATION), ELLE DOIT CONTRIBUER À PRÉPARER CETTE NOUVELLE DISCIPLINE AUX ENJEUX DE DEMAIN.

Pouvez-vous définir ce qu’est la télémédecine d’urgence ?

La télémédecine d’urgence comprend le traitement des patients en urgence à l’aide d’outils numériques. Il peut s’agir d’une consultation vidéo, mais aussi de l’utilisation d’outils numériques d’aide à la décision ou encore de l’assistance du médecin par l’intelligence artificielle.

 

Quel est l’objectif qui a guidé la création d’une chaire de télémédecine d’urgence à l’Inselspital ?

C’est un domaine de la médecine des soins aigus en plein développement. Il est donc particulièrement important que l’introduction des techniques numériques s’accompagne de recherches universitaires afin de garantir une utilisation sûre de la télémédecine, qui doit offrir le meilleur bénéfice possible au patient. Cette chaire est financée par une dotation, soutenue par le Touring Club Suisse (TCS).

 

C’est la première chaire de ce type en Europe. En quoi est-elle unique ?

La plupart de nos collègues en charge de la numérisation sont des informaticiens ou des techniciens. C’est cette collaboration étroite avec ces spécialistes au sein d’un service de médecine d’urgence clinique qui rend cette chaire unique selon nous.

 

Quel est le rôle de cette nouvelle division du service des urgences de l’Inselspital de Berne ?

Nous travaillons en étroite collaboration avec l’équipe clinique du service des urgences ; cela nous permet de garantir que nos recherches sont basées sur des données cliniques et sur les questions de la pratique, et que nos résultats peuvent être traduits en applications cliniques. Mon service a par exemple développé plusieurs outils de triage numérique pendant la pandémie de Covid-19. C’est le cas de www.coronabambini.ch, un questionnaire en ligne qui aide les parents à décider s’ils doivent ou non faire tester leur enfant.

Autre aspect essentiel de cette nouvelle division : l’enseignement des compétences numériques aux étudiants en médecine et aux diplômés. Le laboratoire de simulation virtuelle de l’Inselspital (Virtual Inselspital Simulation Lab, VISL) propose des modules de formation virtuelle pour l’acquisition de compétences cliniques. Il permet aussi de résoudre virtuellement les cas de diagnostic différentiel (acte par lequel un médecin élimine l’existence d’une pathologie présentant des symptômes proches ou similaires de celle qu’il cherche à identifier, ndlr), sans risque d’infections, ni matériel coûteux, ni enseignants sur place.

 

Comment la technologie numérique peut-elle contribuer à désengorger les services d’urgence ?

L’objectif des technologies numériques doit être d’accompagner la médecine d’urgence à tous les niveaux. C’est le cas des appareils à domicile permettant de se soigner soi-même ou de détecter rapidement les maladies graves. Cela concerne aussi l’assistance au traitement médical dans les centres d’urgence grâce à des outils, à des robots ou à l’intelligence artificielle. Citons encore les appareils de mesure portables, qui améliorent la sécurité du patient et le suivi des soins. L’ensemble du parcours du patient peut ainsi être accompagné de façon numérique.

 

La télémédecine d’urgence doit-elle aussi permettre de prendre plus rapidement en charge les patients, et donc d’améliorer le pronostic ?

D’un point de vue théorique, les assistances numériques sont des outils idéaux pour signaler les diagnostics différentiels ou éviter les erreurs de diagnostic. Nous étudions actuellement l’impact de ces outils sur la qualité des diagnostics, les coûts et les résultats des processus de soin, dans le cadre de plusieurs études financées par le Fonds national suisse de la recherche scientifique.

 

Y a-t-il des domaines où la télémédecine est particulièrement pertinente ?

La prise en charge des AVC est un domaine dans lequel la télémédecine est bien établie depuis des années. Au-delà des simples consultations vidéo qui se pratiquent déjà, les outils numériques feront à l’avenir partie intégrante de la pratique médicale dans toutes les disciplines.

 

La télémédecine d’urgence peut-elle également réduire les coûts des soins de santé ? Est-ce l’un des buts recherchés ?

Je pense qu’il est important que l’objectif de la télémédecine d’urgence ne soit pas principalement de réduire les coûts, mais de rendre les traitements plus innovants et meilleurs. Par exemple, cela peut être un grand gain de confort si je n’ai pas à traverser la ville avec mon enfant malade pour me rendre aux urgences dans une salle d’attente bondée, mais que je peux utiliser l’aide à la décision numérique ou les téléconsultations pour faire « venir » le médecin chez moi.

 

Certains estiment que la télémédecine est un pis-aller en réponse à la désertification médicale de certaines régions ou à l’absence de gardes. Qu’en pensez-vous ?

La numérisation peut réellement être utile dans des zones rurales, notamment pour mettre en place des réseaux virtuels d’échanges d’informations ; cela peut rendre ces régions plus attrayantes pour les médecins qui voudraient s’y installer. La demande pour obtenir à tout moment un avis médical est de plus en plus forte : là aussi, les outils numériques ont un rôle intéressant à jouer.

« LA PANDÉMIE DE COVID-19 A ACCÉLÉRÉ LA NUMÉRISATION DE LA MÉDECINE. IL FAUT PROFITER DE CETTE IMPULSION. »

PROF. DR. MED. THOMAS SAUTER, MME

De façon générale, pensez-vous que les médecins suisses sont prêts pour la médecine numérique ?

C’est très variable ; certains travaillent déjà beaucoup avec les outils numériques, d’autres très peu. Mais la pandémie de Covid-19 a donné un grand coup d’accélérateur à la numérisation de la médecine. Il est important que nous profitions de cette impulsion et que nous continuions à utiliser les solutions numériques même après cette crise ; ce qui ne doit pas nous empêcher d’avoir toujours un œil critique sur elles.

 

A quelles évolutions peut-on s’attendre dans le domaine de la télémédecine d’urgence dans les cinq à dix ans à venir ?

Avec l’augmentation rapide du volume de données que nous collectons nous-mêmes via les appareils portables ou nos smartphones, et avec l’augmentation de la capacité de traitement et de stockage de ces données, un tout nouveau champ des possibles s’ouvre à nous. Ces données peuvent être analysées à l’aide de l’intelligence artificielle et du machine learning, ce qui ouvre la voie à la détection et au traitement précoce des maladies. C’est déjà en partie une réalité.

 

Certains patients redoutent d’être un jour pris en charge par des intelligences artificielles. L’évolution va-t-elle préserver l’aspect humain ?

L’art de la médecine englobe des compétences complexes allant de l’interaction avec le patient à la synthèse d’informations afin d’établir un diagnostic. Cet art va actuellement bien au-delà des possibilités offertes par les outils techniques. Toutefois, de nouveaux aspects importants et passionnants tels que la confiance et l’empathie à l’ère du numérique font aussi partie de nos recherches, tout comme les aspects juridiques et les questions éthiques de la numérisation de la médecine. 

 

PROPOS RECUEILLIS ET TRADUITS PAR ÉLODIE MAÎTRE-ARNAUD