No 27 – Automne 2020

COVID-19

COMMENT LES CLINIQUES ONT-ELLES FAIT FACE ?

covid_sommaire_large

CELLULE SANITAIRE VAUDOISE DE CRISE

« LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS SONT PRÊTS À REMONTER EN PUISSANCE EN CAS DE BESOIN »

covid_cellule_sommaire

CELLULE SANITAIRE VAUDOISE DE CRISE

TÉMOIGNAGES DE DEUX INFIRMIERS AU CŒUR DE LA CRISE

covid_temoin_sommaire

MALADIES OSSEUSES

« LE BUT DE LA PRISE EN CHARGE EST DE RÉDUIRE LE RISQUE DE FRACTURE »

rozer_sommaire

LA CLINIQUE CECIL OPTIMISE SES ACTIVITÉS DE CARDIOLOGIE INTERVENTIONNELLE

clinique-cardio_sommaire

RÉALITÉ VIRTUELLE

LA DOULEUR ET L’ANXIÉTÉ EN LIGNE DE MIRE

realite_sommaire

NOUVELLE COMPÉTENCE

LA CHIRURGIE PÉDIATRIQUE À LA CLINIQUE BOIS-CERF

chir-pediatrie_sommaire

LE SERVICE MÉNAGE DE LA CLINIQUE BOIS-CERF

menage_sommaire

NEWS

LES ACTUALITÉS DES CLINIQUES BOIS-CERF ET CECIL

actu-automne_sommaire

L’INTERVIEW

MALADIES OSSEUSES

 

« LE BUT DE LA PRISE EN CHARGE EST DE RÉDUIRE LE RISQUE DE FRACTURE »

 

INVALIDANTES ET DOULOUREUSES, LES MALADIES OSSEUSES SONT SOUVENT DÉCOUVERTES À L’OCCASION D’UNE FRACTURE NON TRAUMATIQUE. LE DOCTEUR BÉRENGÈRE ROZIER AUBRY, RHUMATOLOGUE, EST SPÉCIALISÉE DANS LA PRISE EN CHARGE DE CES AFFECTIONS CHEZ L’ADULTE.

Les pathologies osseuses se caractérisent par une fragilité des os, qui ne parviennent pas ou plus à soutenir le poids du corps. En résultent des fractures de fragilité, plus ou moins fréquentes et affectant la qualité de vie des patients. Spécialiste en rhumatologie, le Dr Bérengère Rozier Aubry dispose d’une longue expérience clinique dans la prise en charge des maladies inflammatoires et des maladies osseuses. Elle est d’ailleurs à l’origine de la création, en 2013, d’une consultation des maladies osseuses rares de l’adulte au CHUV. Ancienne médecin cadre du service de rhumatologie, elle est accréditée à la Clinique Bois-Cerf depuis le 1er août 2020 et se consacre pleinement à son activité clinique dans son cabinet privé.

 

En quelques mots, qu’est-ce que la rhumatologie ?

La rhumatologie est une spécialité qui s’intéresse aux pathologies de l’appareil locomoteur : articulations, tendons, colonne vertébrale et os. Ces pathologies s’inscrivent souvent dans une maladie systémique et peuvent se manifester sous forme de problèmes inflammatoires, dégénératifs et/ou osseux. Tous ces aspects sont évidemment très présents dans ma pratique, même si je me consacre plus spécialement à la prise en charge des maladies osseuses, notamment rares. La conséquence commune à toutes ces affections osseuses est la fracture dite de fragilité, c’est-à-dire non traumatique.

 

Quelles sont les principales causes des maladies osseuses ?

La cause de fragilité la plus connue est l’ostéoporose (une perte progressive de la masse osseuse, ndlr.). Mais ce n’est pas la seule. L’ostéomalacie – une mauvaise fixation des minéraux sur le squelette – est aussi fréquente. Ces fragilités osseuses résultent parfois d’une maladie génétique ou peuvent également être acquises, notamment lors de problèmes de nutrition ou de malabsorption, ou encore induites par certaines pathologies ou traitements (comme la cortisone ou les perfusions de fer). La chirurgie bariatrique, par exemple, entraîne une malabsorption et une fragilité osseuse secondaire à surveiller et à traiter. Je peux encore citer les carences en vitamine D, de plus en plus fréquentes en raison d’une exposition insuffisante au soleil.

 

Vous vous intéressez particulièrement aux maladies osseuses rares de l’adulte. De quoi s’agit-il ?

Ce sont des maladies osseuses qui concernent moins d’une personne sur 2000. On en dénombre plus d’une centaine, avec des manifestations physiques très différentes. La plus connue est l’ostéogenèse imparfaite, appelée aussi maladie des os de verre. Toutes ont un point commun : la fragilité osseuse, qui détériore considérablement la qualité de vie des patients.

 

Y a-t-il une patientèle type en fonction des pathologies ?

L’ostéoporose concerne largement les personnes âgées. C’est d’ailleurs la première cause d’occupation des lits d’hôpitaux en Suisse chez les plus de 50 ans. Dans cette tranche d’âge, une femme sur deux et un homme sur cinq en sont atteints. On doit toutefois rechercher si la fragilité osseuse n’est pas secondaire à une autre pathologie, comme une invasion tumorale maligne ou bénigne, ou encore une maladie métabolique comme l’hyperparathyroïdie. Chez les patients plus jeunes, on recherche plutôt une maladie génétique ou une affection iatrogénique (résultant d’un traitement médical, ndlr.).

 

Comment posez-vous un diagnostic de maladie osseuse ?

L’examen clinique est extrêmement important, notamment dans les maladies génétiques où l’on observe des phénotypes typiques, comme une très petite ou au contraire une très grande taille, ou encore une forme de nez ou de bouche caractéristique. Cet examen permet aussi de constater d’éventuelles séquelles de fractures ou des déformations osseuses, et d’observer l’appareil locomoteur et le tissu conjonctif. L’anamnèse est essentielle également, en particulier en cas de maladie génétique afin de repérer des prédispositions familiales. Viennent ensuite les examens sanguins, d’imagerie, et parfois les analyses génétiques. D’autres spécialistes peuvent intervenir, notamment en cas de manifestations cardiaques, pulmonaires ou endocriniennes.

 

Quelle prise en charge proposez-vous aux patients ?

Le but de la prise en charge est de réduire le risque de fracture, qui handicape les patients et détériore leur qualité de vie. On commence donc par traiter la cause de la fragilité osseuse. S’il manque des minéraux, on prescrit des minéraux ; si le patient perd des minéraux, on cherche pourquoi et on fait en sorte de « fermer le robinet ». Cela passe parfois simplement par l’arrêt d’un médicament ou par une supplémentation en vitamine D. Il existe aussi des traitements spécifiques pour soigner une malabsorption ou une maladie hématologique. Évidemment, c’est beaucoup plus compliqué lorsque la cause est génétique : on essaie alors de renforcer la solidité osseuse, généralement avec un traitement médicamenteux. On s’intéresse aussi au traitement de la douleur et aux autres symptômes de la maladie. Ceux-ci sont en général locomoteurs, et nécessitent souvent une prise en charge par des physiothérapeutes. On s’efforce également de prévenir ou de traiter une éventuelle arthrose précoce secondaire, en collaboration avec les chirurgiens orthopédistes.

 

Vous insistez aussi beaucoup sur l’information des patients. Pourquoi ?

On parle aujourd’hui de patients partenaires, coordinateurs de leurs soins, au centre de leur prise en charge. Ces patients doivent pouvoir se rencontrer afin de recevoir et partager de l’information. Pour moi, cela fait partie du traitement. C’est aussi en ce sens que j’ai œuvré pour l’amélioration de la prise en charge, notamment en mettant en place une consultation des maladies osseuses rares de l’adulte au CHUV et en organisant des conférences d’information à l’intention des patients.

 

Vous êtes installée en cabinet privé depuis quelques semaines. Avez-vous des projets particuliers que vous souhaiteriez désormais développer ?

Je souhaite aborder la problématique du mouvement et de la douleur sous d’autres angles. Je travaille avec une équipe de physiothérapeutes qui se sont spécialement intéressés aux cas complexes des patients atteints de maladies rares. Il est important de les accompagner dans la reprise d’une activité physique en s’entourant d’autres compétences, notamment à travers la yogathérapie ou le chant. À cause de leur fragilité osseuse, de nombreux patients ont en effet renoncé à toute activité physique ; nous devons leur redonner le plaisir de bouger. Le Centre Actif+ de la Clinique Bois-Cerf sera le lieu idéal pour organiser des ateliers autour du mouvement. Je veux aussi m’investir localement auprès de mes confrères et des patients afin de les informer sur les maladies osseuses.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR ÉLODIE MAÎTRE-ARNAUD