fr «L’ANTI-VACCINISME EXISTE DEPUIS LES PREMIERS VACCINS»

No 29 – Eté 2021

FOCUS

LES SPÉCIALISTES DU MÉDICAMENT

pharmacienne_sommaire

COMMENT ÇA MARCHE ?

LES VACCINS À ARN MESSAGER

vaccin_sommaire

ORL

ANOSMIE: QUAND L’ODORAT S’EN VA

anosmie_sommaire

INTERVIEW

«LES ANOMALIES DE L’HÉMOGLOBINE SONT PARMI LES MALADIES GÉNÉTIQUES LES PLUS COURANTES»

hemo_sommaire

COMMUNICATION

BRISER LES TABOUS DE LA GROSSESSE

maternite_sommaire

LA PAROLE AUX EXPERTS

«L’ANTI-VACCINISME EXISTE DEPUIS LES PREMIERS VACCINS»

expert_sommaire

TÉMOIGNAGE

«UNE SALLE D’OPÉRATION, C’EST UN PEU COMME LE COCKPIT D’UN AVION»

temoignage_sommaire

NEWS

LES ACTUALITÉS DES CLINIQUES BOIS-CERF ET CECIL

news_sommaire

LA PAROLE AUX EXPERTS

LAURENT-HENRI VIGNAUD

 

«L’ANTI-VACCINISME EXISTE DEPUIS LES PREMIERS VACCINS»

DANS L’OUVRAGE ANTIVAX. LA RÉSISTANCE AUX VACCINS DU XVIIIE SIÈCLE À NOS JOURS, L’HISTORIEN DES SCIENCES LAURENT-HENRI VIGNAUD PLONGE DANS L’HISTOIRE DE LA VACCINATION ET DE SES OPPOSANTS. PUBLIÉE EN 2019, CETTE ENQUÊTE CO-ÉCRITE AVEC L’IMMUNOLOGUE FRANÇOISE SALVADORI RÉSONNE TOUT PARTICULIÈREMENT DANS UN CONTEXTE OÙ LA VACCINATION APPARAÎT COMME UN ÉLÉMENT ESSENTIEL POUR METTRE FIN À LA PANDÉMIE DE COVID-19.

On n’a jamais autant entendu les antivax que depuis ces derniers mois. Pour autant, la résistance aux vaccins n’est pas un phénomène nouveau…

L’anti-vaccinisme existe depuis les premiers vaccins. Les premières ligues se sont constituées en Angleterre, au milieu du XIXe siècle. À l’époque, un seul vaccin existait, contre la variole. Une loi de 1853 l’avait rendu obligatoire pour les enfants et c’est cette loi qui a donné lieu aux premières mobilisations politiques contre la vaccination. Ses adversaires évoquaient notamment l’atteinte aux libertés individuelles. Aujourd’hui encore, il suffit simplement que l’État recommande la vaccination pour voir réapparaître ce type de résistance.

 

Y a-t-il un point commun entre les ligues politisées du XIXe siècle et les mouvements antivax d’aujourd’hui?

Avec les réseaux sociaux, on voit émerger un nouveau genre d’activisme de type trolls et groupes de pression numériques. Mais le point commun est que l’on retrouve les mêmes arguments à toutes les époques, les uns plus que les autres en fonction du contexte.

 

Quels sont ces arguments?

Les discours antivax reposent sur quatre types d’arguments, tous plus ou moins présents depuis l’origine.

  1. Les arguments fatalistes d’inspiration religieuse: notre destin ne nous appartient pas et l’homme ne peut pas aller contre la volonté divine. On trouve encore ce type de discours dans les sectes religieuses antivax ou dans certains courants rigoristes.
  2. Les arguments naturalistes, particulièrement en vogue depuis la vague New Age des années 1970. Quasiment toutes les médecines dites «naturelles» ou «holistiques» se positionnent d’ailleurs dès leur origine contre la vaccination.
  3. Les arguments alterscientifiques. Certains médecins et savants ne sont pas convaincus par les vertus des vaccins. Leurs propos ont tendance à avoir énormément de poids aujourd’hui chez ceux qui doutent.
  4. Les arguments politiques. Les États ont été provax dès l’origine et, dans l’équation démocratique de nos sociétés modernes et libérales, le conflit entre les droits du citoyen et l’État se rejoue à l’occasion des campagnes de vaccination.

«L’ON RETROUVE LES MÊMES ARGUMENTS À TOUTES LES ÉPOQUES, LES UNS PLUS QUE LES AUTRES EN FONCTION DU CONTEXTE.»

LAURENT-HENRI VIGNAUD

Vous évoquez «ceux qui doutent». À qui faites-vous allusion?

Au phénomène social qui se développe dans les pays occidentaux depuis le début des années 1970 et qui s’est accéléré au milieu des années 1990, notamment autour de la vaccination contre l’hépatite B en France ou contre la rougeole au Royaume-Uni. C’est ce que l’OMS appelle l’hésitation vaccinale. Il ne faut surtout pas confondre ce phénomène avec les discours contemporains très durs de type complotiste. Ces antivax délirants sont très peu nombreux. Ils tirent toutefois profit de la crise actuelle pour convaincre et radicaliser ceux qui sont juste sceptiques.

 

Existe-t-il un profil type chez les antivax?

C’est très varié et cela dépend évidemment des époques et des pays. Historiquement, le mouvement a été porté par des médecins ou des savants, en tout cas par des gens bien éduqués. Pour avoir une opinion arrêtée sur les vaccins, il faut en effet être dans une logique d’information et de connaissance. Il faut aussi être capable de manier des arguments et de démonter une statistique. Une étude menée à Brighton dans les années 1990 montrait que l’on trouvait davantage de réticences à la vaccination dans les milieux plutôt éduqués et structurés. On a cependant assisté à un changement au cours des dix ou quinze dernières années. L’apparition des réseaux sociaux a sans doute démocratisé ces idées, qui touchent désormais un public plus large.
Il y a encore vingt ans, si vous vouliez vous renseigner sur la dangerosité des vaccins, il fallait participer à des réunions le soir, acheter des livres souvent publiés à compte d’auteur ou s’abonner à des revues militantes. Désormais, de nombreux contenus, y compris les plus extrêmes, sont accessibles en un clic, avec des arguments clé en main expliqués de façon très pédagogique. L’antivax d’aujourd’hui a un profil «moyen»: âge moyen, revenus moyens et éducation moyenne, avec de plus en plus de jeunes et de personnes au bagage éducatif faible.

 

Les militants antivax sont-ils devenus plus virulents dans le contexte actuel?

L’automne dernier, la complosphère a avalé les mouvements antivax. Ce qui m’a frappé par exemple dans le documentaire Hold Up, c’est que très peu des personnes interviewées étaient identifiées comme antivax avant la pandémie de Covid-19. Pour ces complotistes, le vaccin est un sujet en or pour faire peur et avancer leurs pions. Cela recoupe tout: la maîtrise sanitaire, la tyrannie politique et les intérêts économiques.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR ÉLODIE MAÎTRE-ARNAUD

Sept contre un, ou le Comité de la Vaccine (BnF-Gallica).

Créé en 1800 à Paris, le Comité central de vaccine a œuvré pour diffuser en France la vaccination contre la petite vérole, une méthode développée par le médecin anglais Edward Jenner. Cette estampe représente un citoyen traitant les membres du comité de charlatans.